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Speed Queen

 
  O'Nan, Stewart
Edition : Points, Collection : Roman noir 2010, 307 pages ISBN : 978-2-7578-1783-4 7
 

Marjorie va mourir. Dans sa cellule, elle attend l'injection létale qui mettra fin à une courte vie qu'elle a vécu à cent à l'heure, d'où son surnom : Speed Queen, la Reine du Speed. Alcool, drogues, bolides, fast food... Marjorie attend la mort et, munie d'un dictaphone fourni par son avocat, parle de ce qui l'a menée dans le couloir de la mort.

Et ces raisons sont simples : un hold-up qui a mal tourné. Très mal même : une dizaine de morts - Marjorie elle-même peine à se souvenir de tous leurs noms - suivie d'une cavale à travers les Etats-Unis qui s'est finalement soldée par son arrestation. Mais Marjorie se sent innocente, même si elle accepte son exécution imminente avec une certaine sérénité. La tuerie, ce n'est pas sa faute : parfois il lui semble que c'est celle de Lamont, son mari - c'est lui qui a eu l'idée du hold-up ; ou alors tout a mal tourné à cause de Natalie, son amante, devenue trop présente dans leur vie. Toujours est-il qu'elle-même n'y est pour rien : tout au plus a-t-elle conduit la voiture, déplacé quelques corps, donné un ou deux coups de feu ou de couteau.

Ses souvenirs et son point de vue, Marjorie ne les raconte pas à n'importe qui : son avocat aurait vendu les droits de son histoire à Stephen King en personne. La jeune femme répond donc avec application aux questions que le maître de l'horreur lui aurait transmises.

Speed Queen, c'est Le dernier jour d'un condamné transposé au vingt et unième siècle dans l'Amérique profonde. Raconté entièrement à la première personne dans un style oralisé (forcément, puisque le lecteur est censé avoir sous les yeux la retranscription des cassettes adressées par Marjorie à Stephen King), ce roman dresse le portrait effarant d'une jeune femme coupable du pire, mais complètement sereine face à sa vie passée. Elle raconte avec un calme surprenant son quotidien banal entre jobs pourris, mauvaise bouffe, alcool, drogue et petits larcins. Tout juste pointe un peu d'angoisse quand elle raconte, avec une minutie qui frôle l'obsession, les différents moyens de mise à mort des condamnés. On ne s'identifie pas facilement à un tel personnage, et les références et le vocabulaire que Marjorie emploie au fil de sa confession creuse encore l'écart avec le lecteur. Le traducteur a été obligé d'introduire non pas un, mais deux lexiques (l'un concernant la fast food et l'autre les fast cars) pour que le lecteur s'y retrouve.

Ne tournez pourtant pas le dos à ce livre si vous n'êtes intéressé ni par Stephen King, ni par les bolides trafiqués, ni par la bouffe américaine. Car Speed Queen est bien plus que ça.

On a beau se sentir à mille lieux de ce personnage principal, la fascination s'installe immédiatement. Pas à cause du suspense, quasiment absent de ce livre - on sait que Marjorie va mourir, on sait comment, et vu la gravité de ses crimes, on ne s'attend pas une seconde à ce qu'elle soit graciée. Non, c'est une autre magie qui opère : on veut comprendre comment cette fille banale à pleurer a pu passer d'un claquement de doigt de la petite délinquance au meurtre et à la torture, tout en se sentant aussi détachée de ce qu'elle a commis. Et on ne le comprendra pas, évidemment. Avec habileté, Stewart O'Nan se joue des nerfs et de la curiosité du lecteur, en ne livrant rien de plus que la voix de Marjorie, sans une ligne supplémentaire pour apporter sur l'histoire un autre éclairage. La fin, que je ne raconterais pas ici, reste ouverte, tellement ouverte qu'elle soulève un océan de questions qui vous feront garder pour longtemps Speed Queen en tête.

En somme, un roman noir, très noir, ironique et intelligent, qui se joue du lecteur et ne se laisse pas oublier. Stewart O'Nan vient de faire une entrée fracassante dans mon Panthéon !

Ecrite par Naolou, le 04 Mai 2010 à 10:05 dans la rubrique Roman Polar .
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