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Sire Cédric

 
  Sire Cédric
 

Interview de Sire Cédric recueillie par Naolou à l'occasion de la sortie de De fièvre et de sang, son nouveau roman aux éditions Le Pré aux Clercs.

Naolou : Entre tes précédents écrits et L'enfant des cimetières, on a pu noter une évolution dans ton écriture, mais aussi un changement de genre : tu es passé, avec succès, au polar. L'enfant des cimetières est aussi le premier de tes livres à être publié par une prestigieuse maison d'éditions. Depuis quelques mois, on peut même trouver ton roman sur les tables de France Loisirs ! Comment cette évolution a-t-elle été accueillie par tes lecteurs ? As-tu vu s'élargir ton public ?

Sire Cédric : Les lecteurs semblent avoir suivi, oui, donc tout se passe plutôt bien ! (Rires.) Mais c'est vrai que L'enfant des cimetières a constitué une étape importante pour moi. De nombreux lecteurs m'ont découvert grâce à ce roman.

N : Tu as reçu le Prix Merlin pour Angemort en 2007 et voilà que L'enfant des cimetières vient d'obtenir le Prix Graham Masterton. Quel effet ça te fait, de voir ton travail reconnu à la fois par les lecteurs et par les professionnels ?

SC : Je me dis que j'ai une chance incroyable ! (Rires.) Mais c'est le bonheur absolu, bien sûr. Je vis mes rêves de gosse. Aussi simple que ça.

N : Ton nouveau roman De fièvre et de sang sort aujourd'hui aux éditions Le Pré aux Clercs. Comment le résumerais-tu ?

SC : C'est un thriller. On y fait la connaissance d'une flic albinos, Eva Svärta, spécialisée en profilage et obsédée par les tueurs en série les plus tordus. Elle oscille entre les ténèbres de son passé et les questions sans réponses de son présent, et l'enquête qu'elle est amenée à entreprendre va faire ressurgir ses pires cauchemars d'enfant.

N : Un an est passé entre la parution de L'enfant des cimetières et celle de De fièvre et de sang. L'idée d'une suite s'est-elle rapidement imposée ? Comment s'est déroulée la rédaction ?

SC : A l'origine, De fièvre et de sang puise ses racines dans une nouvelle intitulée "A-R-T", écrite pour un magazine. C'était il y a deux ans environ. Eva Svärta y apparaissait pour la première fois. Depuis, elle n'a pas voulu me quitter. Elle s'est installée dans un coin de ma tête, durant l'écriture de L'enfant des cimetières, attendant son tour. Je suis donc passé assez vite à ce nouveau livre, car tout était déjà prêt en moi. Comme un petit torrent, qui poussait et se tordait pour sortir de moi et noircir les pages.

N : Tu mets à nouveau en scène le commandant Vauvert, personnage secondaire de L'enfant des cimetières. Pourquoi avoir choisi de développer ce personnage plutôt qu'un autre ?

SC : Parce qu'il s'est produit, avec lui, sensiblement le même phénomène. Alors que j'écrivais L'enfant des cimetières, je me suis énormément attaché à ce personnage. Le retrouver dans une nouvelle aventure, où il serait au premier plan, cela m'a paru tout naturel. De plus, j'avoue qu'il me tardait de le présenter à Svärta, pour voir quelles étincelles pouvaient en résulter. Ils sont, tous les deux, très différents dans leurs névroses et très semblables dans leur fond. Leur rencontre était inévitable.

N : Penses-tu lui consacrer d'autres livres ?

A Vauvert ? Je le pense, oui. Il y a encore beaucoup à dire sur lui.

N : L'année dernière, on avait déjà discuté de l'aspect visuel très présent dans tes oeuvres. Cette impression se renforce avec De fièvre et de sang, si bien que j'ai le sentiment d'avoir véritablement "vu" certaines scènes du livre. Tu écris comme tu pourrais dessiner ou peindre. Imagines-tu voir une de tes oeuvres adaptées en bd ou en film ?

SC : Tu sais, ce sont les réalisateurs qui décident ! Quand un livre leur a plu, ils peuvent choisir de l'adapter. L'auteur n'a pas vraiment son mot à dire dans ce choix. Mais, cela étant dit, voir son travail adapté au cinéma est le fantasme de tout auteur, bien sûr.

N : Tu exprimes si bien la terreur de tes personnages qu'elle se communique au lecteur de manière viscérale, presque physique. Comment réussis-tu ce petit miracle ? Pour la décrire si bien, cette terreur irraisonnée, l'as-tu déjà ressentie ?

SC : Quand j'écris, j'ai tendance à ressentir tout ce que vivent les personnages, oui. C'est parce qu'ils sont nés de mes tripes, de mes propres fantômes. Leurs émotions, leurs terreurs, ce sont les miennes, que je vais chercher tout au fond de moi. On est à mi-chemin entre l'exorcisme et la thérapie. Maintenant tu peux appeler les hommes en blouse blanche. (Rires.)

N : Pour une fois - la première il me semble - on note l'absence de citations musicales en début et fin de livre ? As-tu arrêté d'écrire en musique ?

SC : Non, bien sûr. J'écris toujours en musique. Cela m'aide à me concentrer. Et, d'ailleurs, les premiers mots de ce roman, la première chose que j'avais griffonnée sur mon calepin, étaient des paroles tirés du morceau See you in Hell, du groupe Suicide Commando, que j'étais en train d'écouter à cet instant-là. "Rendez-vous en Enfer... Je suis sûr qu'on se retrouvera... En Enfer..." Cette citation était censée figurer en ouverture du roman. Mais, au fil de l'écriture, une centaine de page plus loin environ, mes personnages arrivent sur une scène de crime. Le commandant Svärta appuie sur la touche d'une stéréo, afin de connaître la musique que la victime écoutait, et c'est précisément ce morceau de Suicide Commando qui s'échappe des enceintes. Il m'a semblé tout naturel d'insérer des paroles à cet endroit, où elles participent de manière dynamique à l'histoire, et de les retirer de l'exergue. A la place, pour débuter le livre, j'ai choisi une phrase tirée du film Candyman de Clive Barker.

N : Dans De fièvre et de sang, on découvre une description hallucinante d'énergie d'un concert de Moonspell. Tu es, il me semble, un grand fan de ce groupe. Trouves-tu important de mêler à tes fictions des références à ta réalité ? Est-ce une manière de mettre le doigt sur la frontière mince entre ce qu'on vit et ce qu'on imagine, ce qu'on crée, ce qu'on croit ?

SC : Précisément ! Pour moi, la vie est infiniment plus complexe que les seules choses qu'on voit. Tout ce qu'on ressent, et tout ce qu'on imagine, par exemple, participe au réel de manière tout aussi importante. J'aime regarder la réalité brute et y voir... autre chose. Quelque chose de légèrement différent, une infime variation parfois, ou bien une vraie distorsion, mais qui pourrait être. Quelque chose qui est peut-être vraiment là, d'ailleurs. Qui sait ? Et c'est justement la raison qui m'a poussé à placer ce groupe, Moonspell, dans le roman. Ils sont vraiment hallucinants, en concert, ils arrivent à tordre la réalité pour te laisser effleurer autre chose. Je les avais vus jouer moins d'une semaine auparavant, je n'ai donc eu aucun mal à reproduire l'énergie de leur concert tel que je l'avais vécu, tel qu'on pourrait le fantasmer... et cela a donné cette fameuse scène dans le club.

N : Tu lies l'intrigue de De fièvre et de sang à Erszébeth Bathory, la "comtesse sanglante" hongroise [première tueuse en série de l'histoire, on l'accusait de vider ses victimes de leur sang pour le boire ou s'y baigner, cherchant ainsi à s'attirer beauté et vie éternelle ; elle a inspiré Joseph Sheridan Le Fanu pour sa nouvelle Carmilla, premier vampire féminin de la littérature] mais aussi à Dracula (omniprésence des loups, personnage de Renfield). Voulais-tu faire un clin d'oeil à la "déferlante vampire" qui envahit les écrans de cinéma et la littérature adolescente ?

SC : La vérité, c'est que le personnage de Bathory m'a toujours fasciné. C'est la plus importante tueuse en série que l'histoire ait connu, avec plus de 350 victimes à son actif. Elle incarne tout le mystère, toute l'ambigüité sexuelle, tous les désirs et les peurs innées de l'âme humaine. Elle demeure la figure vampirique par excellence. Au fond, De fièvre et de sang est une vraie histoire vampirique. Tous les élements qui constituent le roman, que ce soit l'obsession de la jeunesse, les rites du peuple dace, la magie des miroirs, les croyances autour des loups meneurs d'âmes, jusqu'au morceau que joue Moonspell dans la scène qu'on vient d'évoquer, et qui s'intitule Vampiria, tout cela revient toujours au mythe du démon buveur de sang. Je l'exprime simplement à ma façon.

N : De fièvre et de sang m'a fait penser aux bd de Pascal Croci parues aux éditions Emmanuel Proust (le diptyque Dracula et surtout Elizabeth Bàthory). On y retrouve l'omniprésence des loups, des ombres, et un goût prononcé pour l'esthétisme, l'érotisme et le sang. Ces bd t'ont-elles inspiré ?

SC : Je suis un grand admirateur du travail de Croci. Je dois posséder tous ses albums ! Je ne sais pas si ses illustrations m'ont inspiré, à un niveau inconscient - et peut-être bien après tout - en tout cas elles font partie de mes références en matière d'esthétique, c'est évident.

N : Dans De fièvre et de sang, on croise à nouveau un couple de jumelles. C'est un thème que tu avais déjà abordé dans Sisters (in Déchirures, paru en 2005 aux éditions Nuit d'avril). La gémellité t'inspire ?

SC : Le thème du double me fascine et m'effraie à la fois. Dans Sisters, les deux soeurs jumelles étaient deux opposés, la pureté naïve d'un côté et la perversion manipulatrice de l'autre. Mais, dans le roman, cette gémellité revêt une forme très différente. Elle représente le lien, en miroir, entre le passé et le présent, les blessures et leur guérison.

N : Le personnage d'Eva a vécu, enfant, une expérience traumatisante, qui se répercute sur sa vie d'adulte. L'innocence brisée, maltraitée, voilà un autre thème récurrent dans tes oeuvres. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

SC : Cela me semble simple. Ce sont toutes nos blessures qui font de nous les personnes que nous sommes, non ? Nous avons, tous et toutes, nos plaies secrètes. Dans le roman, on rencontre certains personnages qui essaient de les cacher, ces blessures, et d'autres encore qui s'efforcent de les guérir. Parfois ces blessures sont dramatiques, et certains de ces personnages se laissent absorber dans leurs propres abysses, jusqu'à devenir des tueurs sanguinaires. Alors que d'autres, au contraire, continuent de lutter de toutes leurs forces pour ne pas succomber au murmure des ombres. Eva Svärta est une de ces personnes. Elle ne sait pas comment effacer son passé traumatisant, et elle s'est entourée de toute une armure, vis-à-vis des hommes notamment, pour ne pas laisser filtrer ses failles béantes, mais elle reste pourtant debout. Elle continue de lutter. C'est une guerrière, et une survivante. C'est pour cela qu'elle est devenue flic. Pour empêcher que les autres souffrent autant qu'elle a souffert.

N : Tu as écrit deux recueils de nouvelles, et De fièvre et de sang est ton troisième roman. Dans quelle forme te sens-tu le plus à l'aise ?

SC : Les deux exercices me plaisent, mais c'est vrai qu'il faut une certaine longueur pour pouvoir raconter une vraie histoire, pour développer correctement les personnages, leur passé, leurs émotions, leurs choix et tout ce qui en découle. Le roman est un excellent format pour ça.

N : Ton second recueil, Dreamworld, a été réédité par le Pré aux Clercs en novembre 2009. Une réédition de Déchirures est-elle aussi en projet ?

SC : Oui. Déchirures ressortira en novembre 2010.

N : Tu as récemment traduit et présenté L'art de la fantasy gothique (paru en octobre 2009 au Pré aux Clercs). On y découvre un impressionnant panel de la création artistique gothique. Que t'a apporté ce nouveau projet ? Le travail de quels artistes apprécies-tu particulièrement ?

SC : J'ai adoré travailler sur cet artbook car, précisément, il m'a permis de découvrir des artistes que je ne connaissais pas jusque là et dont l'univers me parle beaucoup. C'est le cas de Xiao-chen Fu, par exemple.

N : On te connait également comme vocaliste du groupe Angelizer. Veux-tu parler un peu de ta musique ?

SC : Un peu, si tu veux. Mais attention, Angelizer est un groupe de death metal, ce n'est pas un style qui plaît à tout le monde. (Rires.) En fait, c'est une musique très rock'n'roll, pleine d'énergie, de rugissements, de saturation et de furieuses mélodies. C'est un défouloir créatif très important pour moi, pour ne pas perdre mon âme d'enfant ! Nous entrons en studio début avril pour enregistrer une dizaine de titres. Cet album devrait normalement sortir à la fin de l'année.

N : Ecrivain, musicien, traducteur... Comment parviens-tu à gérer ton temps ?

SC : Je fais simplement les choses que j'ai envie de faire, au moment où j'en ai envie, et au final tout se passe plutôt bien.

N : Trouves-tu toujours le temps de lire ? Si oui, quel livre lis-tu en ce moment ?

SC : Oh, oui, bien sûr. Avant d'être un auteur, je suis avant tout un gros lecteur, un "fan" comme on dit. Je lis tous les jours, autant que je peux - et pourtant ce n'est pas encore assez pour dévorer tout ce qui sort ! Ces jours-ci, je lis Fred Vargas.

N : Quel est, pour toi, le livre idéal ?

SC : Le livre de sable, bien sûr ! (Rires.)

N : Un mot sur tes projets littéraires ?

SC : Suspense...

N : Merci d'avoir répondu à nouveau présent pour cette interview !

SC : Mais de rien, c'est moi qui te remercie !

Ecrite par Naolou, le 18 Mars 2010 à 12:03 dans la rubrique Interviews .
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